Bouygues et SFR tirent à boulets rouges sur Free et la prolongation du contrat d’itinérance avec Orange

Bouygues et SFR tirent à boulets rouges sur Free et la prolongation du contrat d’itinérance avec Orange

La prolongation du contrat d’itinérance entre Free Mobile et Orange fait parler d’elle, les opérateurs concurrents jugent les justifications de Free insuffisantes.

Vendredi dernier, surprise dans le milieu des télécoms : l’ARCEP annonce avoir reçu “un avenant au contrat d’itinérance conclu entre Free Mobile et Orange” visant à la prolongation de l’accord pour deux années supplémentaires, alors que la date de fin d’itinérance 3G était prévue pour le 31 décembre 2020. SFR et Bouygues jugent que les arguments avancés par Free sont insuffisants. 

Des concurrents mécontents de cette annonce

Ce prolongement vient d’une demande de Free, qui explique faire face à une ” impossibilité pour Free Mobile de rattraper le standard de couverture du marché qui a nettement augmenté avec l’accord de mutualisation Crozon (accord de mutualisation entre Bouygues et SFR NDLR) et les obligations New Deal”. Pour rappel, le New Deal est un accord trouvé entre l’Etat et les opérateurs en janvier 2018 pour généraliser la 4G partout sur le territoire. Cependant, l’opérateur au carré rouge et celui de Martin Bouygues jugent cette justification insuffisante. 

« Le New Deal ne saurait être évoqué pour justifier la situation de Free et les dispositions de cet accord » clame Arthur Dreyfuss, secrétaire général d’Altice France – SFR dans les pages du Figaro, qui critique la politique d’investissement de Free Mobile. « Douze ans après avoir obtenu sa licence, ce nouveau contrat témoigne d’un bien triste constat. Le 4e opérateur n’investit pas suffisamment dans son réseau mobile contrairement à ses promesses répétées depuis douze ans. Il est en effet compliqué de pouvoir investir quand on a une si forte politique de dividendes. ». Il faut cependant rappeler que SFR couvrait en avril 2018 la même proportion de la population que Free, à savoir environ 96% en 4G. L’opérateur de Xavier Niel a donc à peine 20 mois de retard sur SFR, alors qu’il a commencé à déployer son réseau mobile de nombreuses années après ses concurrents. Le plus jeune opérateur mobile des quatre a également déployé plus de sites 4G que chacun de ses concurrents en 2019. Il investit depuis plusieurs années plus d’un tiers de son chiffre d’affaire dans les réseaux. Enfin Free, à contrario de ses deux rivaux, déploie seul tandis que Bouygues et SFR mutualisent leurs réseaux en zone peu dense depuis 2014.

N’oublions pas que SFR a été vivement décrié en 2015 au niveau de son investissement sur la 4G. Altice, alors son nouveau propriétaire, avait rejeté la faute sur son prédécesseur Vivendi, l’accusant d’avoir “désinvesti sur la 4G”. Il aura fallu attendre la fin de l’année 2015 et une nouvelle stratégie de la part de l’opérateur, ainsi qu’une mise en garde de l’ARCEP, pour que l’opérateur mette les bouchées doubles sur le déploiement de son réseau.

Le fait que le régulateur étudie encore le dossier et n’ait pas encore émis d’avis sur le sujet, surprend également l’opérateur au carré rouge : ” Il est alors d’autant plus surprenant que le régulateur vole à nouveau au secours du 4e opérateur malgré cette équation : dividendes en hausse et investissements pas au niveau promis ... “

Bouygues Télécom monte également au créneau

Bouygues Télécom est également agacé de ce prolongement inopiné. Son directeur général, Didier Casas, ajoute que « Free n’a aucunement besoin de ce genre de filet de sécurité dans les zones très denses, où il déploie activement son réseau depuis plus de dix ans ».

La politique d’investissement d’Iliad est très critiquée donc, de la part des deux opérateurs en dehors de l’accord d’itinérance. Surtout à l’heure où, en raison de la crise sanitaire actuelle, Altice et Bouygues Télécom ont suspendu le versement des dividendes, ce qui n’est pas le cas pour Free. A noter cependant que cette mesure a été demandée uniquement aux entreprises recourant au chômage partiel, ce qui n’est pas le cas pour l’opérateur de Xavier Niel ni pour Orange.