Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad, défend “une vraie souveraineté numérique”

Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad, défend “une vraie souveraineté numérique”

L’audace et l’union font la force à l’heure où la souveraineté doit intégrer le volet numérique. Selon Thomas Reynaud, le directeur général d’Iliad, il devient urgent que les gouvernements s’emparent pleinement du sujet pour éviter de manquer le train en marche et de se retrouver dépendants de solutions non européennes.

“Cette décision a été déterminante pour notre souveraineté”, soutient Thomas Reynaud, rappelant “la décision du général de Gaulle de ne pas dépendre indéfiniment de la technologie américaine pour le nucléaire et de développer nos propres technologie et savoir-faire”. Dans une tribune publiée dans le Journal Du Dimanche, le directeur général d’Iliad, maison-mère de Free et Free Mobile, invite à l’audace et à la souveraineté pour “développer notre arsenal numérique en commençant par un vrai cloud européen qui ne soit pas simplement la revente de solutions américaines”, afin d’assurer la maîtrise des données. Selon lui, cette souveraineté numérique partie des grands sujets dont doit à présent s’emparer la classe politique. À ses yeux, la souveraineté en 2022 est “plus que jamais la souveraineté numérique, car aucun pays ne peut, ni ne pourra, prétendre être une nation de premier rang s’il ne s’en assure pas”.

Il devient urgent de réfléchir et d’agir

“Notre souveraineté ne peut se résumer à choisir de dépendre de l’un et d’espérer la neutralité de l’autre”, explique Thomas Reynaud, rappelant la position de l’Europe, entre deux “complexes militaro-numériques” que sont les États-Unis et la Chine, “dont on ignore encore beaucoup, mais dont la puissance est incontestable”. Le directeur général d’Iliad estime que la souveraineté “ne peut se fonder sur des hypothèses de bienveillance éternelle ou de statu quo. Elle requiert la certitude de toujours pouvoir, peu importe l’évolution de nos alliances, faire face, seul. Il y a donc urgence à réfléchir et à élaborer à l’échelle de l’Europe des réponses techniques”. Et de citer les réponses réglementaires telles que la portabilité des données qui “assurerait, en dernier recours, d’être toujours les maîtres de ce capital stratégique”, à l’heure où la maîtrise des données et l’intelligence artificielle “rebattent la donne” et “viennent revisiter les équilibres militaires et géostratégiques”.

La tâche ne manque toutefois pas d’être complexe, en raison notamment des disparités réglementaires existant entre les 27 pays de l’Union européenne. Sans compter la résistance du côté des acteurs déjà en place. Un an après avoir co-fondé Gaia-X, la filiale cloud de Free avait pour rappel décidé de se retirer, déçue de la lenteur et des contraintes imposées par les acteurs américains. Son directeur général Yann Lechelle disait par ailleurs regretter certaines faiblesses de l’Europe en termes de souveraineté : “en Europe, on ne sait pas faire du protectionnisme libéral comme aux États-Unis”.

Thomas Reynaud invite aujourd’hui à un “discours fort” pour répondre au “pessimisme national” face une “révolution” qui semble “en train de nous échapper”. Et de déplorer, une attitude timorée malgré une possibilité évidente : “le levier de la commande publique et militaire est une puissante force de transformation que nous n’utilisons pas suffisamment”.

Source : Journal du Dimanche