Concurrence : en 2006, Bouygues Télécom tenait le discours de Free sur le mobile

Concurrence : en 2006, Bouygues Télécom tenait le discours de Free sur le mobile

Alors que ces derniers mois le discours de Bouygues Télécom sur la concurrence dans les télécoms, sur l’arrivée de Free Mobile et sur le rôle de l’ARCEP est des plus virulent, selon BFM TV qui a ressorti un vieux rapport de Bouygues Télécom de 2006, le discours a bien changé.

En effet, à l’époque, c’est Bouygues qui était le dernier entrant déclarait dans une contribution à la Commission Européenne que "les derniers entrants sont les garants d’une concurrence effective pérenne sur le marché de la téléphonie mobile." Il dénonçait à l’époque le duopole entre Orange et SFR et la "sur-rentabilité des deux opérateurs dominants." Ce dernier va même jusqu’à dénoncer "un transfert d’argent de la poche du consommateur vers celle de l’actionnaire" et des "gros profits pour une poignée de privilégiés."
 
Ce discours n’est pas sans rappeler celui de Xavier Niel, à l’occasion de l’entrée sur le marché de Free Mobile, un discours que ne tient plus de son côté Bouygues Télécom
 
Concernant la régulation, l’opérateur qui estime que Free est un privilégié et qu’il faut mettre un terme au contrat d’itinérance, ne tenait pas ce discours en 2006. A cette date, Bouygues appelait même à une régulation "asymétrique" en faveur des derniers entrants :
 
"Seule l’application d’une régulation asymétrique, permettant aux derniers entrants de compenser le handicap lié à leur entrée sur le marché, est de nature à permettre aux derniers entrants de bénéficier de conditions d’une concurrence loyale et effective. L’asymétrie de la régulation doit s’imposer comme l’un des fondements du cadre réglementaire, afin d’instaurer les conditions d’une concurrence effective et loyale au profit des derniers entrants".
 
Bouygues s’était même associé à d’autres nouveaux entrants en montant une ligue des "Mobile Challenger". Si leur association n’a duré que quatre ans, leur discours est toujours disponible, Bouygues en cosignataire annonçaient que "partout ou un challenger entre sur le marché, une chute des prix s’ensuit. C’est l’apogée du bien-être du consommateur."
 
A cette époque Bouygues ne considérait pas que casser les prix détruisait le marché, bien au contraire : "l’expérience montre clairement que la concurrence et l’innovation qu’elle apporte, proviennent des petits opérateurs indépendants. […] L’histoire a démontré que la concurrence était le vrai moteur de l’innovation et de l’investissement. […]Sans la concurrence, certains pays d’Europe attendraient toujours la nouvelle génération de mobile…"
 
Ce dernier s’était même vivement opposé à la concentration d’opérateurs dans les télécoms et à l’émergence d’opérateurs pan-européens qui "favorise les premiers entrants et crée un risque réel de faire émerger un oligopole en Europe." Il estimait ainsi que la "concentration ne fera que consolider un marché déjà très concentré, en réduisant la concurrence."
 
Ayant cherché en début d’année à racheter SFR, à mettre des bâtons dans les roues de Free Mobile concernant les privilèges accordés sur l’itinérance, le discours de Bouygues Télécom a changé du tout au tout. Ces arguments ont pourtant tous été repris par Free Mobile. 
 
 
 
Source : BFM TV