Taxe sur YouTube, Franceinfo remaniée… le Sénat prépare une vaste réforme de l’audiovisuel public
Après plusieurs mois d’auditions, un groupe de travail du Sénat prépare une série de propositions pour réformer l’audiovisuel public. Les sénateurs écartent l’idée d’une privatisation de France Télévisions ou Radio France, mais souhaitent revoir leurs missions, réduire leurs coûts de fonctionnement et faire davantage contribuer les géants du numérique comme YouTube, TikTok ou Meta.
Le Sénat veut reprendre la main sur le débat autour de l’avenir de l’audiovisuel public. Contrairement à la commission menée à l’Assemblée nationale par le député Charles Alloncle, dont les travaux avaient suscité de nombreuses polémiques, les sénateurs assurent avoir privilégié une approche plus consensuelle et tournée vers des solutions concrètes.
Piloté par les sénateurs Les Républicains Cédric Vial et Max Brisson, le groupe de travail a auditionné une quinzaine de responsables du secteur, parmi lesquels les dirigeants de France Télévisions, Radio France, Canal+, l’Arcom ou encore d’autres acteurs majeurs de l’audiovisuel. Les recommandations définitives doivent être présentées en octobre.
Premier enseignement : les sénateurs ne souhaitent pas privatiser l’audiovisuel public. Selon eux, cette solution ne répondrait pas aux enjeux actuels. Ils estiment en revanche qu’il est nécessaire de redéfinir les missions du service public afin de mieux l’adapter aux nouveaux usages.
À côté de ses missions historiques, informer, cultiver et divertir, le rapport devrait proposer d’ajouter un nouvel objectif : renforcer la cohésion nationale en continuant notamment à diffuser de grands événements fédérateurs. Dans cette logique, les sénateurs défendent le maintien de retransmissions sportives majeures comme le Tour de France ou Roland-Garros sur les chaînes publiques.
Le groupe de travail reconnaît que la situation budgétaire impose des efforts. Toutefois, il juge que les réductions successives imposées ces dernières années commencent à peser sur la qualité des programmes. Les sénateurs proposent donc de concentrer les économies sur les fonctions de structure plutôt que sur les contenus diffusés.
Le prérapport évoque une réduction de 10 à 15 % des dépenses de fonctionnement sur deux ou trois ans, ce qui pourrait se traduire par environ 1 000 équivalents temps plein non remplacés sur un effectif total d’environ 8 500 salariés.
Franceinfo pourrait changer de visage
Autre piste importante : renforcer la chaîne Franceinfo. Les sénateurs estiment qu’elle doit devenir la véritable vitrine de l’information du groupe audiovisuel public, en s’appuyant davantage sur les rédactions locales, régionales, nationales et internationales de France Télévisions et Radio France.
Le rapport envisage également un changement de canal sur la TNT : Franceinfo quitterait le canal 16 pour récupérer celui actuellement occupé par France 3. Une telle évolution pourrait conduire à la disparition d’une chaîne linéaire du groupe, sans pour autant supprimer les contenus qu’elle diffuse aujourd’hui.
Le financement constitue l’un des principaux volets de cette réflexion. Face à la baisse des recettes publicitaires des médias traditionnels, les sénateurs souhaitent instaurer une contribution spécifique pour les grandes plateformes numériques. Ils proposent notamment une taxe d’environ 3 % sur les activités liées à l’information des géants du numérique comme YouTube, TikTok ou les plateformes de Meta.
L’objectif serait de mieux faire participer ces acteurs au financement de la création et de l’information, alors qu’ils profitent largement des contenus produits par les médias français sans contribuer directement à leur financement.
Un rapport attendu à l’automne
Ces propositions doivent encore être finalisées avant leur présentation officielle en octobre. Elles pourraient ensuite servir de base à une proposition de loi visant à réformer en profondeur l’organisation et le financement de l’audiovisuel public français.
Au-delà du seul service public, les sénateurs estiment que l’ensemble de la filière audiovisuelle française, chaînes publiques comme privées, fait désormais face au même défi : résister à la montée en puissance des plateformes numériques internationales qui captent une part toujours plus importante des audiences et des revenus publicitaires.
Source : Le Monde