Les réseaux fibre en campagne sous pression, une réforme “urgente” réclamée
L’édition 2026 de l’Observatoire de la Transition Numérique des Territoires dresse un constat inquiétant : sans réforme rapide du financement des réseaux fibre publics, une partie des infrastructures déployées dans les zones rurales pourrait devenir difficile à maintenir.
Le très haut débit continue de progresser partout en France, mais le modèle économique des réseaux d’initiative publique (RIP) montre désormais ses limites. C’est le principal constat de l’édition 2026 de l’Observatoire de la Transition Numérique des Territoires, présenté par l’Avicca, InfraNum et la Banque des Territoires. Derrière le succès du Plan France Très Haut Débit, les collectivités alertent sur une équation financière devenue de plus en plus difficile à tenir.
Le rapport souligne que l’objectif d’égalité d’accès au numérique se rapproche. Dans de nombreux territoires ruraux ou moins denses, les RIP ont permis d’apporter la fibre là où les opérateurs privés n’investissaient pas. Mais ce succès cache un problème majeur : les modèles économiques imaginés il y a une dizaine d’années ne correspondent plus à la réalité actuelle. Les contrats conclus autour de 2015 reposaient notamment sur une adoption massive de la fibre, avec des projections de 80 % d’abonnés en zone RIP. Aujourd’hui, la moyenne tourne plutôt autour de 60 %, avec de fortes disparités selon les territoires. Résultat : les revenus générés par ces réseaux sont bien inférieurs aux prévisions initiales.
À cela s’ajoutent plusieurs surcoûts imprévus. Les collectivités évoquent notamment des infrastructures vieillissantes mal documentées, des raccordements parfois dégradés par les interventions techniques ou encore des coûts croissants liés aux intempéries et au changement climatique. Les acteurs du secteur tirent désormais la sonnette d’alarme : sans réforme rapide, certains réseaux pourraient avoir du mal à financer leur maintenance et leur modernisation.
L’Arcep travaille actuellement sur une réévaluation des conditions économiques des RIP, très attendue par l’ensemble de la filière. L’enjeu est important puisque, selon l’Observatoire, près de 39 000 emplois dépendent directement de cet écosystème à travers le territoire.
Pour Ilham Djehaich, présidente d’InfraNum, le constat est clair : « le Plan France Très Haut Débit a tenu sa promesse : la fibre a changé la vie des territoires. Mais ce succès ne doit pas masquer une réalité : sans révision urgente du modèle économique, nous risquons de ne pas pouvoir entretenir ce que nous avons construit ensemble. »
La fermeture du cuivre ajoute de nouvelles pressions
Le rapport rappelle également que la disparition progressive du réseau cuivre d’Orange rend la fibre encore plus stratégique. À terme, elle deviendra le principal réseau fixe dans de nombreuses communes.
Mais cette transition soulève aussi des questions de résilience. Les réseaux fibre sont de plus en plus exposés aux actes de vandalisme, aux coupures accidentelles et aux événements climatiques extrêmes. Or, réparer ces infrastructures coûte cher. Près de 45 % des répondants ont déjà lancé des schémas locaux de résilience pour mieux gérer les crises et coordonner les interventions. Plus de 80 % envisagent de le faire dans les prochaines années. Le problème reste le financement. Les collectivités expliquent ne pas disposer des marges nécessaires pour investir suffisamment dans la prévention.
L’étude montre également que les RIP ne servent plus uniquement à déployer de la fibre. De plus en plus de structures mutualisent désormais des services numériques pour les collectivités locales. Parmi les domaines les plus en croissance figurent la cybersécurité, les objets connectés (IoT) mais aussi l’hébergement de données ou la vidéo-protection et la vidéocaptation.
Environ 70 % des répondants indiquent déjà déployer ou préparer des solutions IoT mutualisées.
Les datacenters de proximité gagnent eux aussi du terrain. Plus de 310 infrastructures de ce type sont désormais recensées en France. L’objectif est de proposer des alternatives locales aux grands géants du cloud, notamment pour les petites collectivités.
La crainte d’un retour des inégalités territoriales
Les représentants du secteur craignent qu’en l’absence de réforme, certains RIP finissent par être revendus à bas prix à des acteurs privés. Selon InfraNum, cela pourrait conduire à une hausse des tarifs ou à un abandon progressif de certaines zones jugées moins rentables. Ilham Djehaich met également en garde contre un scénario où certaines dessertes fibre seraient remplacées à terme par des solutions satellitaires dans les territoires les moins denses : « Sans péréquation pour la fibre, certains RIP risquent d’être revendus à vil prix à des acteurs privés qui eux, ne se gêneront aucunement pour augmenter leurs tarifs, supprimer des dessertes FttH des zones non rentables et remplacer la fibre par du satellite. »