Orange dépend parfois un peu trop de AWS (Amazon) sur la télévision au dépens de ses abonnés Livebox

Orange dépend parfois un peu trop de AWS (Amazon) sur la télévision au dépens de ses abonnés Livebox

Officiellement engagé en faveur de la souveraineté numérique européenne, Orange s’appuie pourtant sur les infrastructures cloud d’Amazon pour la diffusion de sa télévision. Une dépendance mise en lumière par une panne majeur

La panne de télévision survenue chez Orange le vendredi 12 septembre 2025 au soir a mis en lumière une dépendance technique rarement assumée publiquement par l’opérateur historique. Pendant près de quarante minutes, à une heure de grande écoute, plus de dix millions d’abonnés Livebox se sont retrouvés face à un écran noir. En cause, non pas une défaillance interne isolée, mais une intervention liée à Amazon Web Services (AWS), selon des informations révélées par l’Informé.

Dans un premier temps, Orange s’est contenté d’un message laconique, évoquant « un dysfonctionnement technique » et présentant ses excuses aux abonnés. Mais en coulisses, l’analyse de l’incident a rapidement pointé une opération de maintenance sur les infrastructures du géant américain du cloud. « Cette coupure de service s’est produite à l’occasion d’une intervention programmée de maintenance sur l’accès Connect à la plateforme AWS », indique un mémo interne adressé aux salariés, cité par l’Informé.

AWS au cœur de la diffusion télé d’Orange

L’incident confirme une réalité peu connue du grand public : la diffusion des flux télévisés d’Orange en France repose en partie sur les infrastructures cloud d’Amazon. L’opérateur utilise AWS pour plusieurs briques techniques, notamment le transcodage des flux vidéo. Des formations et certifications AWS ont d’ailleurs été dispensées à de nombreux salariés ces dernières années, signe d’une intégration profonde de ces technologies dans les systèmes du groupe.

Ce choix technologique peut surprendre, tant il contraste avec le discours officiel d’Orange sur la souveraineté numérique européenne. Sur son propre site, le groupe met en garde contre les risques liés à la dépendance aux technologies américaines. « Les lois extraterritoriales permettent à certains États d’exiger l’accès aux données hébergées par leurs entreprises nationales, indépendamment de la localisation géographique de ces données », explique Emmanuel Cacheux, directeur de la confiance numérique Orange Business, en référence notamment au Cloud Act et au FISA. Il y évoque une « vulnérabilité stratégique » susceptible de limiter le contrôle sur les informations.

Selon une source citée par l’Informé, AWS n’est toutefois « qu’un maillon d’une chaîne technique constituée de nombreux prestataires » pour la diffusion des flux IPTV et OTT. Reste que ce maillon s’est révélé suffisamment critique pour provoquer une panne nationale de la télévision d’Orange. Si les flux télévisés ne sont pas toujours considérés comme stratégiques, l’enjeu dépasse le simple confort des abonnés. En tant qu’opérateur d’importance vitale, Orange est censé garantir la diffusion de messages d’urgence à destination de la population. Une dépendance trop forte à des infrastructures externes, notamment américaines, pose donc question en cas de crise majeure.

Une stratégie cloud largement tournée vers les Gafam

La télévision n’est pas le seul domaine concerné. Via sa filiale Globecast, Orange s’appuie également sur Microsoft Azure pour la distribution sécurisée de films vers les salles de cinéma. « Nous utilisons leurs capacités de calcul car il s’agit de la distribution de fichiers sources assez sensibles avec des exigences fortes de sécurité », explique un connaisseur du dossier.

Par ailleurs, Orange est partenaire de Microsoft et de Capgemini dans le projet Bleu, une offre de cloud reposant sur les technologies Microsoft 365. Une alliance qui avait déjà suscité de nombreuses critiques sur la réalité des offres dites souveraines. Interrogée sur France Inter, la directrice générale d’Orange, Christel Heydemann, reconnaissait d’ailleurs les difficultés européennes face aux géants américains, soulignant un manque de taille critique et une perte de leadership.

Pour les abonnés Livebox, la panne de septembre illustre surtout une conséquence directe de ces choix technologiques : une interruption massive de service déclenchée par une opération menée hors des infrastructures propres de l’opérateur. Une situation d’autant plus sensible qu’Orange reste une entreprise dont l’État est le premier actionnaire et qui affiche des ambitions fortes en matière de souveraineté numérique.

Contacté par l’Informé, Orange n’a pas souhaité commenter cet incident ni sa dépendance aux clouds américains. Un silence qui contraste avec l’ampleur de la panne et les interrogations qu’elle suscite, tant sur le plan technique que stratégique.

Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox