[MàJ] Numericable fait dans la censure ?

[MàJ] Numericable fait dans la censure ?

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D’après le communiqué, l’hébergeur a, depuis le 16 mars, « cédé aux menaces de poursuites en raison d’un film de Télé liberté sur la grève de Numéricable. Pierre Danon s’est déjà distingué en faisant pression sur radio Nova, RFO et Rue 89 pour les mêmes motifs. Il aura finalement réussi à intimider l’hébergeur de Medialternative et obtenu, en moins d’une heure, la fermeture de l’ensemble des sites hébergés par ce portail ». Le film en question est une interview du salarié-gréviste, « renversé sur le parking de l’entreprise par l’automobile dans laquelle se trouvait Pierre Danon, le PDG de Numéricable, qui tentait d’échapper à la confrontation que réclamaient les grévistes.»

Ce témoignage serait une réponse à la direction de Numéricable « ayant prétendu que ce salarié aurait fait « exprès » de se faire écraser la jambe. »

Le communiqué de Télé-Liberté indique notamment que l’avocat de Numéricable évoque une « jurisprudence constante » suivant laquelle « l’imputation de faits à caractère infractionnel, au détriment du principe supérieur de présomption d’innocence, et avant toute décision de justice définitive » serait diffamatoire. Selon les diverses versions recueillies auprès de l’hébergeur, celui-ci aurait reçu un appel téléphonique du PDG de Numéricable – Pierre Danon –, ou bien d’une « police de l’internet.»

« Une victime ne pourrait plus dénoncer l’agression qu’elle a subi avant que son agresseur ne soit condamné ? » s’interroge Télé-Liberté.

« Numéricable va-t-il imposer sa loi ? »

Télé-liberté exige donc le rétablissement immédiat du portail de Medialternative et dénonce fermement « ces pratiques attentatoires à la liberté de la presse, particulièrement inquiétantes à la veille de l’adoption de la loi instituant l’Hadopi, la future police du net. On voit ici comment, d’ores et déjà, la liberté d’expression sur le net peut être sérieusement malmenée ».

Les têtes fleurissent comme si elles étaient mises à prix ?
Affaire à suivre…
 
Mise à jour : Nous vous rapportons le second droit de réponse de Numericable, qui malgré la tribune complète que nous lui avons accordé dans les colonnes d’UniversFreebox, nous interpelle sur le peu de parole que nous leur avons accordé…

Antoine Boulay, porte-parole de Numéricable nous indique :

"Bonjour, je lis aujourd’hui votre news sur l’action judiciaire intentée par Numericable à l’encontre de Télé Liberté, et je voudrais y apporter les éléments de réponse suivants.

Tout d’abord, vous devez savoir qu’après enquête de police approfondie, le Parquet de Meaux a décidé de classer le dossier sans suite. Cette information est publique et largement répandue sur le net. Pourquoi ne la relayez-vous pas ? Bien sûr, les « militants » qui ont envenimé le conflit auront beau jeu d’affirmer que la justice est aux ordres du gouvernement… C’est tellement facile. Mais pourquoi le parquet et le tribunal de Meaux ont-ils alors infligé une amende de 150.000 euros à Numericable le 15 septembre dernier ? Est-ce que, sur ce coup là, les conspirateurs qui protègeraient Numericable étaient en RTT ? Non, ce n’est pas sérieux. Cette affaire a été classée sans suite tout simplement parce que quand vous avez quarante personnes autour d’une voiture qui la secouent et font du bruit avec des mégaphones et qu’un individu est allongé par terre, il est impossible de voir que vous le heurtez. L’accusation de délit de fuite ne tient pas non plus : l’identité du passager était connue ! Et un individu coupable de délit de fuite se rend-il au commissariat dans les deux heures ? L’assistance à personne en danger n’a pas été retenue non plus : elle n’est qualifiée juridiquement que s’il y a conscience du danger, et si la personne en danger est seule. Or elle était à l’évidence entourée. Non, cet événement très malheureux est à l’évidence instrumentalisé par les militants « désobéissants » pour envenimer un peu plus le conflit. Le Président de Numericable a exprimé à plusieurs reprises sa profonde tristesse de voir que ce conflit difficile avait abouti à cet accident grave et regrettable. Il a transmis à la victime les offres d’assistance de l’entreprise : un placement dans un établissement plus proche de son domicile, un placement en chambre simple, etc. etc.

Autre information importante : le conflit est aujourd’hui terminé. La direction et les grévistes ont chacun annoncé la chose à l’AFP, le Parisien a relayé l’information. N’est-ce pas une nouvelle importante également ? Votre traitement de l’information « Télé Liberté » n’aurait-il pas gagné à mentionner également ce fait objectif et intéressant ?

UniversFreebox : A ce stade, la justice a donné raison à Numericable sur l’incident qui a conduit à la blessure du gréviste. Cependant, le sujet de l’article n’est pas l’incident du gréviste, mais la censure du portail Medialternative NDLR.

Il est extrêmement surprenant que vous n’ayez pas souhaité demander un commentaire ou une réaction de Numericable à votre information sur notre conflit avec Télé Liberté. Le service de presse de Numericable est disponible H24/J7 aux numéros de téléphones ou aux adresses mail que vous connaissez.


UniversFreebox : Faux, nous avons tenté, en vain, de contacter Numericable lors de la précédente affaire NDLR.

Ce point est justement tout à fait éclairant quant à l’action que Numericable a engagé au niveau judiciaire. En effet, Numericable et sa direction sont attachés autant que vous à la liberté d’expression. Et, dans cette affaire, c’est précisément la liberté d’expression de l’entreprise qui a été bafouée. Sans vouloir entendre sa version des faits, sans vouloir envisager ne serait-ce qu’un instant que les événements ont été plus complexes que l’acte délibéré de blesser quelqu’un avec un véhicule, beaucoup de media « militants » se sont emparé de la pseudo-information et ont donné la version unilatérale des militants « désobéissants ». UniversFreebox n’a pas totalement échappé à cette tendance, d’ailleurs, et il a fallu que je vous transmette notre version pour que vous la publiiez.

UniversFreebox : Nous nous portons totalement en faux. UniversFreebox a relayé les deux versions (version des grévistes et droit de réponse de Numéricable) des faits, en apportant les nuances nécessaires sur les amalgames faits entre le conducteur du véhicule (un collaborateur) et la place de Pierre Danon NDLR.

Quand l’honneur d’un homme ou la réputation d’une entreprise sont bafoués sans possibilité de se défendre n’est-il pas normal et naturel de demander au site ou au media concerné d’au moins traiter la version de la direction ? Quand ce site ou ce media reste sourd à la demande, n’est-il pas normal, comme le prévoit la loi, de lui adresser une mise en demeure ? Quand cette mise en demeure reste sans effet, n’est-il pas normal, toujours selon la loi, d’adresser une demande à l’hébergeur ? Numericable ne demande rien d’autre que de pouvoir s’exprimer. Et quand un dirigeant d’entreprise de triple play, qu’il s’agisse de Numericable, d’Orange, ou… de Free, est attaqué à tort, selon lui, par un journaliste, ne fait-il pas appel à la justice ? Ne l’a-t-on pas vu récemment entre un opérateur alternatif et un ancien directeur de la rédaction d’un quotidien national ?… Universfreebox s’en est-il ému à ce moment là ?

UniversFreebox : Bien entendu… Nous trouvons inadmissible toute atteinte à la liberté de la presse. La réaction judiciaire a été disproportionnée. Un article a été publié par la rédaction d’UniversFreebox. Cependant, nous dérivons vers un autre sujet qui n’a aucun lien avec l’affaire concernant Pierre Danon NDLR.

Ce débat est en fait capital pour l’avenir même de l’information sur Internet. Car ce n’est pas parce qu’une information est publiée sur Internet qu’elle est vraie. Ce n’est pas parce qu’elle est publiée sur Internet qu’il est juste de s’affranchir des règles déontologiques d’équité, de recoupement d’information, de vérification des faits, de débat contradictoire. C’est la démocratie, aussi, qui est en jeu ici. Si Internet veut continuer de gagner ses lettres de noblesse en matière d’information, si nous ne voulons pas que le populisme, la démagogie, les ragots, l’emportent sur la vérité, le débat, le dialogue, il faut que nous nous appliquions à nous-mêmes un certain nombre de règles : ne pas publier une information mettant en cause un tiers sans lui donner la possibilité de s’exprimer, ne pas isoler un fait de son contexte, etc.

UniversFreebox publie une information concernant Numericable sans nous solliciter (alors que nous sommes très réactifs), et ne donne pas deux informations importantes : le parquet a classé l’affaire sans suite d’une part, le conflit est terminé d’autre part".

UniversFreebox : Le porte-parole de Numericable a la mémoire courte ? Rappelons une seconde fois que nous avons déjà offert une tribune complète à Numericable pour s’exprimer sur l’incident du gréviste. L’article ne concerne pas directement cette première affaire, mais la censure du portail Medialternative.

Mise à jour 2 : Bonne nouvelle, L’AFP rapporte qu’une sortie de crise a été négociée avec les salariés-grévistes.

Interrogé par l’AFP, Mohamed Diallo a exprimé sa satisfaction après que les parties sont parvenues vendredi à la signature d’un protocole de fin de conflit. Aux termes de ce protocole, les 30 grévistes qui l’ont signé "individuellement" ont accepté de reprendre le service dès lundi 23 mars.

Le texte prévoit "une négociation sur les conditions de travail dans l’entreprise avec les organisations syndicales, qui, consultées, ont également donné leur accord", a précisé la direction dans un communiqué.

"Il y a eu beaucoup de promesses, beaucoup d’engagements (par la direction, ndlr), maintenant les grévistes attendent les résultats, nous espérons que cela soit tenu", a poursuivi le porte-parole des grévistes. "Il a fallu onze mois de pourrissement voulu par la direction" et "un drame" d’un de leurs collègues "fauché par la voiture du directeur sur le parking de l’entreprise" pour qu’une issue soit trouvée à ce conflit social, a-t-il déploré.

Les grévistes ont obtenu, entre autres, "la réintégration des salariés qui avaient été licenciés pour faute" ainsi que "la possibilité de départ avec des conditions correspondant à celles d’un licenciement économique dans le secteur", avait expliqué vendredi à l’AFP un des porte-parole de la direction.