L’accord entre Bouygues, Free et Orange n’est qu’une première étape. Le régulateur prévient que la disparition d’un acteur majeur du marché télécoms nécessite un examen approfondi.
Le rachat de SFR par Bouygues Telecom, Free et Orange franchit une nouvelle étape, mais l’opération est encore loin d’être validée. L’Autorité de la concurrence prévient que ce rapprochement entre les trois principaux opérateurs français « ne va pas de soi ». Après plusieurs mois de discussions, les opérateurs ont trouvé un accord pour racheter SFR pour un montant de 20,35 milliards d’euros. Mais avant une éventuelle finalisation, le dossier doit encore passer l’examen des autorités de concurrence, qui devront notamment évaluer l’impact d’un retour à trois opérateurs sur le marché français.
Dans un entretien accordé au Monde, le président de l’Autorité de la concurrence Benoît Cœuré rappelle que l’opération sera étudiée avec attention. « [Le rachat de SFR] ne va pas de soi parce qu’il s’agit d’un rapprochement sur un marché déjà très concentré », explique-t-il.
Le régulateur précise toutefois que si le passage de quatre à trois opérateurs avait été considéré comme « nécessairement anticoncurrentiel », il aurait été signalé en amont afin d’éviter aux différents acteurs « de perdre du temps et de l’argent ». L’un des principaux points de vigilance concernera l’évolution des prix pour les consommateurs. « Il est impossible d’expliquer aux Français que l’on va encourager des opérations qui vont rendre plus difficile pour eux de boucler leurs fins de mois », alerte Benoît Cœuré.
L’Autorité surveillera également le risque d’une « coordination renforcée » entre opérateurs, c’est-à-dire une situation où la concurrence pourrait être moins forte. Benoît Cœuré rappelle notamment qu’en 2005, SFR, Orange et Bouygues Telecom avaient été condamnés à une amende de 534 millions d’euros pour avoir échangé des informations stratégiques et coordonné leurs comportements afin de préserver leurs parts de marché.
De leur côté, Bouygues Telecom, Free et Orange défendent le projet en mettant en avant les investissements supplémentaires que permettrait l’opération dans des secteurs comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou encore les centres de données. Un argument qui devra être démontré auprès des autorités. « Ce n’est pas à nous d’essayer de deviner ce qu’ils ont en tête », répond Benoît Cœuré.
L’examen pourrait également être confié à la Commission européenne, en fonction des règles applicables. Les deux institutions devraient dans tous les cas travailler ensemble sur le dossier. La procédure pourrait durer jusqu’à 18 mois avant une décision définitive.
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