Trop d’arnaques sur le web, Que Choisir porte plainte contre Facebook, Insta, Google et Tiktok
Alors que les fraudes aux paiements ont coûté 4,2 milliards d’euros aux Européens en 2024, Que Choisir Ensemble dénonce l’inefficacité des plateformes numériques face aux publicités frauduleuses et demande des sanctions.
Les grandes plateformes numériques sont de nouveau dans le viseur des associations de consommateurs européennes. Alors que les fraudes aux paiements ont représenté 4,2 milliards d’euros de pertes pour les consommateurs européens en 2024, une enquête du Bureau européen des unions de consommateurs, menée avec plusieurs associations nationales dont Que Choisir Ensemble, accuse Meta, TikTok et Google de laisser circuler massivement des publicités frauduleuses liées à des placements financiers ou des prêts douteux.
Face à ces constats, 30 organisations européennes de consommateurs, accompagnées du BEUC, annoncent saisir Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique contre Meta, TikTok et Google.
Des publicités frauduleuses toujours omniprésentes
L’enquête met en lumière la présence persistante de nombreuses publicités trompeuses sur Facebook, Instagram, TikTok ou encore les services publicitaires de Google. Les contenus incriminés promettaient notamment des prêts rapides et faciles à obtenir, des placements financiers présentés comme sûrs ou des investissements aux rendements prétendument garantis. Selon les associations, ces annonces utilisent souvent des méthodes bien rodées : faux témoignages, promesses irréalistes de gains rapides, ou encore imitation de services financiers légitimes afin de tromper les internautes.
Le problème ne serait pas marginal. Les enquêteurs indiquent avoir signalé de nombreuses publicités suspectes directement aux plateformes concernées. Pourtant, plus de la moitié des signalements, soit 53 %, auraient été ignorés ou rejetés.
Au-delà de la présence même des arnaques, l’enquête critique sévèrement les outils mis à disposition des utilisateurs pour signaler les contenus frauduleux. Les associations dénoncent notamment des réponses automatiques opaques couplées à des procédures de signalement complexes et des demandes d’informations jugées inutiles, mais aussi l’absence de réponse dans certains cas et des moteurs de recherche peu efficaces dans les bibliothèques publicitaires.
Les bibliothèques publicitaires, censées permettre d’identifier clairement les annonceurs et les campagnes diffusées, seraient également très incomplètes. Certaines informations essentielles sur les annonceurs seraient absentes ou difficilement accessibles. Les griefs formulés s’appuient sur le Digital Services Act, plus connu sous le nom de DSA. Ce règlement européen impose aux grandes plateformes numériques plusieurs obligations destinées à mieux protéger les utilisateurs.
Parmi celles-ci :
- évaluer et limiter les risques liés aux contenus diffusés
- retirer rapidement les contenus illicites signalés
- assurer la transparence des publicités
- suspendre les comptes récidivistes
- mettre en place des systèmes de recours efficaces.
Selon le BEUC et les associations partenaires, Meta, TikTok et Google ne respecteraient pas plusieurs de ces obligations.
Les organisations reprochent notamment aux plateformes de diffuser massivement des publicités frauduleuses malgré leurs obligations de prévention, de maintenir des systèmes de signalement inefficaces et peu transparents, de laisser actifs certains faux comptes ou récidivistes mais aussi de proposer des bibliothèques publicitaires non conformes aux exigences européennes.
Face à ces manquements présumés, les associations demandent à l’Arcom ainsi qu’à la Commission européenne d’ouvrir des enquêtes officielles. Elles réclament également une mise en conformité rapide des plateformes avec le DSA et, si les problèmes persistent, des sanctions jugées suffisamment dissuasives.
Pour les associations de consommateurs, l’enjeu dépasse largement la simple modération de contenus publicitaires. Elles estiment que les grandes plateformes jouent désormais un rôle central dans la diffusion des arnaques financières en ligne et doivent assumer pleinement leurs responsabilités en matière de protection des utilisateurs.
Dans un contexte où les fraudes numériques explosent partout en Europe, cette nouvelle offensive pourrait accentuer la pression réglementaire déjà exercée sur les géants du numérique par les autorités européennes.