UFC-Que Choisir réclame une “réforme” de l’indice de réparabilité pour les smartphones

UFC-Que Choisir réclame une “réforme” de l’indice de réparabilité pour les smartphones

Indice à la méthode de calcul bancale, distributeurs ne jouant pas tous le jeu. UFC-Que Choisir tire la sonnette d’alarme concernant l’indice de réparabilité qui ne servirait pour l’instant que les intérêts des constructeurs et ne remplirait pas correctement son rôle d’informations des consommateurs.

C’est en bonne voie, mais il y a encore du pain sur la planche avant d’arriver une solution pleinement satisfaisante. Voilà le message d’UFC-Que Choisir, qui estime “le consommateur bien mal éclairé”, en raison d’un indice de réparabilité qui “pêche tant dans sa construction par les pouvoirs publics que dans sa diffusion par les distributeurs”. Entré en vigueur le 1er janvier 2021, cet indice vise pour rappel à encourager des conceptions plus écoresponsables côté fabricants et à orienter les consommateurs vers l’achat de produits plus réparables et donc plus durables. Il concerne pour l’instant cinq catégories de produits incluant les smartphones, téléviseurs, ordinateurs portables, tondeuses et lave-linges.

L’association de consommateurs milite pour une “réforme” de cet indice et la mise à disposition d’un “véritable outil, utile pour orienter les achats des consommateurs”. À ses yeux, “une révision s’impose”, surtout après avoir analysé 330 produits et 9 sites de vente en ligne. Elle réclame aux pouvoirs publics de “réviser la construction de l’indice de réparabilité afin qu’il reflète réellement l’aptitude d’un produit à être réparé” et d’“imposer aux vendeurs de rendre la grille de notation directement accessible aux consommateurs”. Il s’agit d’en finir avec les mises au rebut anticipées, néfastes pour l’environnement, et les dépenses prématurées, pour les consommateurs.

Une méthode de calcul à revoir

Pour UFC-Que Choisir, la méthode de calcul de cet indice de réparabilité apparaît “bancale” et donc à revoir. “Cet indice, calculé par les constructeurs, repose sur une grille standardisée articulée autour de 5 critères (documentation, facilité de démontage, disponibilité des pièces détachées, leur prix et un critère spécifique à la famille de produit). Chaque critère pèse curieusement le même poids dans la note finale, au détriment de critères déterminants tels que la disponibilité des pièces détachées”, souligne l’association. “Cette construction aboutit à des absurdités. Par exemple, alors que les smartphones et les téléviseurs obtiennent une note inférieure à la moyenne sur le critère de disponibilité des pièces détachées, respectivement 4,8/10 et 3,1/10, ces familles affichent des indices de réparabilité élogieux de 7,2/10 et 6,6/10”, poursuit-elle.

Ce n’est finalement pas le consommateur qui y gagne. Aux yeux d’UFC-Que Choisir, “l’indice de réparabilité semble ainsi avoir été bâti pour donner aux fabricants un satisfecit artificiel sur la réparabilité de leurs produits en leur offrant sur un plateau des points pour des critères mineurs, ou alors très largement déjà appliqués”. Pour expliquer l’utilité relative côté consommateurs, l’association cite l’exemple des “fabricants de lave-linges, qui peuvent répercuter sur la note de l’indice de réparabilité le simple fait de répondre à leur obligation légale d’assurer la disponibilité de pièces de rechange pendant au moins 10 ans”.

Des vendeurs qui n’appliquent pas la réglementation

Il faudrait également que tous les acteurs jouent leur rôle. “Une grande majorité de vendeurs en ligne ne répondent pas encore à leur obligation d’afficher l’indice de réparabilité : seuls 42 % des produits sont mis en vente avec le logo visible à proximité du prix”. dénonce en effet UFC Que-Choisir. Elle souligne qu’il y a en effet des mauvais élèves, mais fort heureusement aussi de bons élèves : “Leroy-Merlin (100 %) ou Boulanger (95 %) font figure de bons élèves, quand d’autres comme Amazon (22 %) ou Carrefour (0 %) n’ont dans le meilleur des cas qu’une considération toute relative de leur obligation légale”. Pour l’association, l’explication apparaît toute trouvée : “les contrôles officiels pour vérifier le bon respect de la loi ne débuteront qu’à partir du 1er janvier 2022“. Cela retarderait la mise en application.

UFC Que-Choisir reproche également aux vendeurs de ne pas répondre pleinement à leur devoir d’éclairage du consommateur. “La réglementation impose également aux distributeurs de mettre la grille de calcul à disposition des consommateurs qui en font la demande, tout en leur laissant le champ libre quant au canal de diffusion. Mais la comparaison au moment de l’achat sur le critère de la réparabilité ne sera possible que si l’indice est bien affiché d’une part, et si la grille est aisément accessible d’autre part (par exemple par un logo cliquable). Seuls 28 % des produits répondent à cette double condition”, explique en effet l’association. Et de déplorer, le chemin parfois compliqué pour le consommateur en quête d’informations : “Charge sinon aux consommateurs de chercher par eux-mêmes cette grille sur le site du fabricant, où elle est parfois reléguée sur une page difficile d’accès, ou d’en faire la demande auprès du vendeur, du fabricant ou de l’importateur sans grande chance de succès”. Cette difficulté d’information incombe aussi bien aux vendeurs qu’aux fabricants explique UFC-Choisir, chiffres à l’appui : “seules 10 % de nos demandes aux fabricants ont abouti à récupérer la grille de notation. Les demandes aux vendeurs sont toutes restées stériles”.

Source : UFC-Que Choisir