Ligue 1 : pour la LFP, Amazon est “le choix de la raison” face à un Canal+ “frileux”

Ligue 1 : pour la LFP, Amazon est “le choix de la raison” face à un Canal+ “frileux”

Avec le retrait de Canal+ de la Ligue 1, la situation est tendue dans le foot français. Pourtant, le président de la LFP, Vincent Labrune l’affirme : “il faudrait être fou pour refuser Amazon“.

Le géant américain était le “choix de la raison” après le fiasco Mediapro pour le foot français. Dans une interview pour le journal l’Equipe, le président de la Ligue de Football Professionnel est revenu sur le choix du diffuseur de la Ligue 1 pour les trois saisons prochaines annoncé vendredi dernier. Il assume complètement la décision, malgré la fureur de Canal+. “Pour la première fois depuis notre arrivée, on a eu un sujet positif. Avant, depuis la défaillance de Mediapro, on subissait en permanence les événements. Là, on avait deux bonnes propositions et c’était appréciable d’avoir les cartes en main avant de prendre une décision aussi importante pour l’avenir du football français.

Une offre d’Amazon arrivée plus tôt que prévu quand Canal traînait

Parmi ces deux propositions, on en comptait donc une offre combinant diffusion de 80% de la Ligue 1 sur beIN et de deux affiches sur Canal+. L’autre proposition, finalement retenue la semaine dernière, fut d’accorder la diffusion de la majorité du championnat à Amazon avec toujours deux affiches pour Canal. Les négociations avec la plateforme américaine durent depuis janvier, avec un premier contact dans le cadre de l’appel d’offres lancé en février. Si au départ, l’idée était de les séduire pour le cycle prochain de la compétition, la LFP “a su créer les conditions pour qu’ils s’engagent finalement plus tôt” affirme son président. D’un autre côté, “les discussions avec Canal+ ont plus que traîné en longueur“, représentant donc une opportunité pour Amazon.

“On discute avec le groupe Canal+depuis huit mois et on a essayé à maintes et maintes reprises d’accélérer un accord pour rassurer nos clubs, nos partenaires et nos banquiers. Les dirigeants de Canal+, pour des raisons qui leur sont propres, ont fait le choix d’attendre. Ils ne sont pas les seuls responsables. Ils ont aussi attendu que beIN se mette en action et la décision de l’Autorité de la concurrence” explique Vincent Labrune. “Canal+n’a pas laissé tomber le foot français, mais a peut-être été frileux dans la dernière ligne droite”, assène-t-il.

Canal+ se retire, la LFP ne s’inquiète pas

Les déclarations d’intention, les menaces ou la politique-fiction, tout ça c’est très bien ” relativise Vincent Labrune, “[…] La réalité est très simple. On a un contrat avec beIN Sports à 332M€ annuels et une sous-licence à Canal+ qu’il n’a pas manifesté, à date, sa volonté de le résilier. J’ajouterai à ce sujet, comme l’a rappelé le gouvernement, qu’un contrat est fait pour être respecté. Les dernières décisions de justice sont toutes en notre faveur“. Sur ce point d’ailleurs, aucune crainte que le contrat soit remis en cause pour la LFP : “si vous achetez un appartement et que, deux ans après, le marché de l’immobilier s’écroule, vous ne pouvez pas dire à celui qui vous l’a vendu que c’était trop cher… Il faut être sérieux. Donc, de notre point de vue, il n’y a pas de chance que ce contrat soit remis en cause”

Sans chercher à polémiquer, le président affirme penser que la “systémique des contre-feux juridico-médiatiques a ses limites“. Pour lui, il faut que “le bon sens et la raison l’emportent“.  En effet, Vincent Labrune rappelle que Canal+ possède toujours un lot “très attractif avec 28 choix n°1 et la case du samedi soir, celle où le PSG est éligible de façon récurrente en raison de son parcours européen“.

Les éléments déterminants du choix de la LFP

Il manquait surtout 60 millions d’euros à l’offre de Canal pour être acceptée. “On est exsangues financièrement, tout le monde le sait. 60 M€ d’écart, soit 180 M€ sur trois ans, pour des clubs qui ne savent même pas comment ils vont finir l’exercice, c’est beaucoup d’argent” explique le président. En effet, pour rappel le choix retenu doit rapporter un total de 663 millions d’euros par ans garantis, dont 250 millions déboursés par Amazon.

Quant à la crainte d’une baisse de visibilité du championnat, la LFP reconnaît que Canal+ et beIN auraient été le meilleur choix à court terme. Cependant, pour préparer le futur, “Amazon est le choix de la raison” affirme-t-il. “On se projette sur 2025-2030. […] Amazon ce n’est pas un acteur qui n’existe pas, ce n’est pas Téléfoot qui part de zéro. C’est un outil qui es reçu par 10 millions de foyers en France, le double des foyers abonnés à Canal+.” Rappelons en effet qu’Amazon Prime Video, comme Canal+, est disponible sur toutes les box, mais aussi sur navigateur, appli mobile et sur TV connectée ou box Android. Le tout pour un tarif inférieur à Canal+ avec un abonnement à 5.99€/mois. Pour le président de la LFP, Amazon est “le carrefour du mode de consommation des fans qui ont moins de moyens“.

Sans oublier qu’en comparaison à Médiapro, Amazon semble bien plus solvable, de par son statut de deuxième plus grosse entreprise du monde. D’autant plus qu’Amazon ” a vocation à devenir l’un des plus gros acteurs du marché des droits sportifs dans les vingt ans qui viennent. […] Il faudrait être fou pour refuser Amazon, laisser passer ce train et prendre le risque qu’il ne revienne pas la prochaine fois.” Et si la Ligue 1 fait office de laboratoire pour le géant américain, ce n’est pas un problème pour la LFP qui n’y voit rien de péjoratif.