Blocage IPTV : Orange, SFR, Bouygues Telecom et bien d’autres opérateurs européens montent au créneau contre les dégâts collatéraux

Blocage IPTV : Orange, SFR, Bouygues Telecom et bien d’autres opérateurs européens montent au créneau contre les dégâts collatéraux

Bloquer des contenus pirates sans couper des milliers de services au passage : c’est le message porté par Orange, SFR et Bouygues Telecom auprès de Bruxelles via EuroISPA, alors que l’Europe réfléchit à durcir ses outils anti-piratage.

Les fournisseurs d’accès européens veulent changer les règles du jeu dans la lutte contre le piratage IPTV. Dans un nouveau rapport adressé à la Commission européenne, l’association EuroISPA estime que les ayants droit devraient assumer les conséquences lorsque leurs demandes de blocage provoquent des dégâts collatéraux sur des services parfaitement légitimes.

Cette prise de position intervient dans le cadre de la révision de la directive européenne sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique (CDSM), alors que les mécanismes de blocage se multiplient partout en Europe pour lutter contre le streaming illégal et les IPTV pirates.

EuroISPA n’est pas une structure marginale : elle représente plus de 3 300 acteurs européens des télécoms, de l’hébergement, des services internet et des VPN. Parmi ses membres figure également la Fédération Française des Télécoms, qui rassemble notamment Orange, SFR et Bouygues Telecom. Un signal qui montre que les grands opérateurs français partagent eux aussi ces préoccupations sur l’évolution des dispositifs de blocage.

Les FAI dénoncent des blocages trop larges

Dans son document, EuroISPA estime que certaines méthodes actuellement utilisées vont bien au-delà des contenus réellement visés.

Le principal problème pointé concerne le blocage par adresse IP. Une seule adresse peut aujourd’hui héberger des dizaines de milliers, voire plusieurs centaines de milliers de sites différents, notamment lorsqu’elle appartient à un réseau de diffusion de contenu (CDN).

Résultat : lorsqu’un blocage est ordonné sur une IP entière, des services totalement légitimes peuvent devenir inaccessibles sans aucun lien avec le piratage.

L’association s’appuie notamment sur une étude publiée par le Centre for European Policy Studies (CEPS), qui recommande de privilégier des méthodes plus ciblées comme le blocage DNS ou par URL plutôt que les coupures massives au niveau des infrastructures.

EuroISPA rappelle plusieurs incidents récents pour illustrer ses inquiétudes. En Italie, le système Piracy Shield mis en place contre le piratage sportif a provoqué plusieurs blocages accidentels depuis 2024. L’un des épisodes les plus médiatisés avait temporairement rendu inaccessible Google Drive pendant plus de douze heures. L’association affirme que plusieurs milliers de domaines auraient été affectés par des blocages collatéraux sur la période récente.

En Espagne également, les tensions se sont accentuées autour des demandes de blocage visant certains services VPN dans le cadre de la lutte contre le piratage sportif. La France est aussi citée dans le rapport. EuroISPA rappelle notamment qu’en 2025, plusieurs fournisseurs de VPN ont été contraints par décision judiciaire de bloquer plus de 200 domaines liés à la diffusion illégale d’événements sportifs.

Les ayants droit appelés à payer en cas d’erreur

Plutôt que de réclamer un changement complet du cadre juridique européen, EuroISPA propose d’appliquer plus strictement des mécanismes déjà existants. L’association estime que lorsqu’un blocage demandé par un ayant droit provoque des dommages pour des tiers, ce ne devraient pas être les opérateurs ou les utilisateurs qui en supportent les conséquences.

Elle demande donc l’instauration d’un mécanisme clair de responsabilité et de compensation. Autre demande : accorder davantage de temps aux petits hébergeurs et intermédiaires techniques pour analyser les demandes avant exécution, au lieu d’imposer des délais extrêmement courts comme ceux observés dans certains pays.

Le sujet pourrait continuer de monter dans les prochains mois, alors que Bruxelles prépare plusieurs arbitrages importants sur le droit d’auteur, le piratage en ligne et la responsabilité des intermédiaires techniques.

Source : TorrentFreak

Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox