Après la panne d’Orange, le débat est relancé autour d’un numéro d’urgence unique

Après la panne d’Orange, le débat est relancé autour d’un numéro d’urgence unique

La crise du 2 juin repose la question d’un numéro d’urgence pour tous les services de secours et d’urgences médicales : faut-il un numéro unique ?

Le débat est lancé. Suite à la panne logicielle d’Orange le 2 juin dernier, ayant causé une indisponibilité des numéros de secours dans certains cas, certains envisagent une refonte totale du système. Cependant, la question divise au sein de services de secours, les sapeurs-pompiers voudraient un numéro unique, quand les urgences considèrent que cette idée ne convient pas.

Un combat entre les pompiers et le SAMU qui ne date pas d’hier. Au coeur de cette opposition, la prise en charge de dizaines de millions d’appels arrivant vers les différents services d’urgence chaque année. « Tout le monde en convient, le sujet est complexe, mais il y a surtout beaucoup trop d’acteurs concernés, d’intérêts en jeu, et d’enjeux de pouvoir » , relève un observateur dans les pages du Monde.

Du côté des pompiers, face à des sollicitations de toute nature, ces derniers veulent depuis des années la refonte du système pour pouvoir se concentrer sur les interventions cruciales, notamment grâce au 112. Cela permettrait, d’après eux, de donner plus de lisibilité pour les citoyens, d’avoir un “décroché” plus efficace pour éviter de mettre dans la même file d’attente téléphonique un arrêt cardiaque et une grippe. « Nous passons notre temps à nous transférer des appels avec le SAMU, à nous dicter des adresses, ce n’est pas fluide,” explique Patrick Hertgen, vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, ” Il serait beaucoup plus efficace d’être ensemble, de pouvoir échanger de vive voix, de faire chacun notre boulot mais les uns à côté des autres, avec un opérateur initial qui répartirait les appels selon la dominante.”. Rappelons que 85 % des interventions des pompiers concernent du secours d’urgence aux personnes (6 % des incendies). Ce numéro réservé à l’urgence serait accompagné d’un numéro médical pour les soins non programmés.

Le secteur médical vent debout, avec une contreproposition

Mais du côté de l’hôpital et des SAMU, concentrant 40% de l’ensemble des appels vers des numéros d’urgence, l’opposition est claire et nette. Pour ces acteurs, cette proposition provient d’une volonté des pompiers de prendre la main sur l’ensemble du système. « Le “décroché” doit rester médical, les premiers éléments donnés par la personne au téléphone sont très importants, cela permet de gagner du temps, et d’être le plus pertinent possible dans l’engagement de moyens (envoi d’une ambulance, d’un SMUR…) , défend François Braun, à la tête du syndicat SAMU-Urgences de France. Ce serait une perte de temps d’ajouter un intermédiaire, ça n’a pas de sens. »

Les acteurs de la santé proposent plutôt un numéro “santé, expérimenté depuis janvier sur 22 sites, comme un “service d’accès au soins”. Le SAS permet d’unir SAMU et médecine de ville pour répondre à toute demande imprévue de soins et est soutenu par les urgentistes, mais soulève des inquiétudes dans les rangs des médecins libéraux.

Des alternatives examinées

Et ce débat n’intervient pas inopinément : une proposition de loi « visant à consolider notre modèle de sécurité civile et valoriser le volontariat des sapeurs-pompiers » , a ravivé les tensions il y a quelques semaines justement en proposant l’expérimentation d’un numéro unique d’appel d’urgence pour la police, les pompiers et les SAMU. Il doit encore être examiné par le Sénat à la rentrée, après une modification pour inscrire trois configurations : un rapprochement de l’ensemble des services (pompiers, police, SAMU), une fusion sans police secours, ou le regroupement du SAMU et des médecins de la permanence des soins, en interconnexion avec les autres services d’urgence.