[MàJ ]Selon une étude, les pédophiles utilisent majoritairement le service de partage de fichiers de Free, l’opérateur répond

[MàJ ]Selon une étude, les pédophiles utilisent majoritairement le service de partage de fichiers de Free, l’opérateur répond

Mise à jour: Free nous a contacté pour répondre à cette étude.

“Notre Groupe prend ces sujets liés à la protection de l’enfance très au sérieux et collabore activement avec les autorités françaises depuis des années pour identifier et supprimer les contenus illicites qui transitent via nos services.  Nous travaillons aussi régulièrement avec l’association française Point de contact et traitons avec la plus grande réactivité tous les cas qu’ils nous signalent. Nous sommes également en contact avec le Centre canadien de protection de l’enfance qui nous signale régulièrement des contenus illicites que nous nous efforçons de traiter dans les meilleurs délais. Leur méthode de signalement, qui nous remonte les contenus un à un par des mails dédiés, alourdit néanmoins le traitement des demandes et rallonge assez significativement les délais. Nous l’avons signalé au Centre et nous allons continuer à collaborer avec eux afin de parvenir à court terme à un traitement des demandes aussi efficace que celui que nous avons instauré avec les autorités et les associations françaises.”


 

Après deux années d’enquête, le Centre canadien de protection de l’enfance (CCPE) a découvert que le service de transfert de gros fichiers de Free était très utilisé pour partager des images pédopornographiques.

dl.free.fr” est un service de partage de gros fichiers lancé par Free en 2006, qui est un peu l’équivalent de WeTransfer. Celui-ci est aujourd’hui tombé aux oubliettes, mais pas pour les prédateurs sexuels. L’association à but non lucratif CCPE, soutenue par le gouvernement  a mené une enquête de deux ans nommée “Projet Arachnid” en analysant plus de 5.4 millions d’images pédopornographiques  via des bots de repérage sur le web et le darknet. Le rapport publié mercredi pointe Free comme le “seul” fournisseur d’accès internet responsable d’un “volume très important” de contenus pornographiques.

Près de la moitié (48 %) des images détectées sont liées à un service d’hébergement de fichiers exploité par un opérateur de télécommunications français, Free.fr” explique l’association qui indique avoir envoyé des demandes de suppressions à “plus de 760 FAI“. “Pour les trois années de la période étudiée, Projet Arachnid a détecté plus de 18 000 fichiers d’archive contenant collectivement près de 1,1 million de photos et de vidéos assimilables en apparence à des images d’abus pédosexuels ou à des images préjudiciables ou violentes. Ces fichiers étaient (ou, dans certains cas, sont toujours) hébergés directement sur le service public d’hébergement de fichiers de Free. Dans de nombreux cas, le robot d’exploration de Projet Arachnid a détecté des liens vers ces fichiers d’archive à plusieurs endroits, autant sur le Web visible que sur des sites Tor. La multiplicité de ces points d’accès aux fichiers d’archive fait en sorte que l’accessibilité des images d’abus pédosexuels et des images préjudiciables ou violentes sur les serveurs de Free se chiffre à plus de 2,7 millions d’images détectées” précise-t-elle.

Un service qui avait déjà fait polémique.

Le service incriminé est la page dl.free.fr, lancée en 2006 par l’opérateur de Xavier Niel. Cette dernière permet à n’importe qui d’héberger un fichier pesant jusqu’à 10 Go et est encore accessible aujourd’hui. Un service bien utile pour partager ses photos de vacances avec ses amis, mais dont l’usage a clairement été détourné. Le rapport rappelle une polémique en France lors de son lancement, puisqu’en octobre 2007, la ministre Française de la Culture “ l’avait alors pointé du doigt, estimant que ses opérateurs ne prenaient pas de mesures adéquates pour lutter contre la distribution illégale d’œuvres protégées par le droit d’auteur. Dans une déclaration officielle, la ministre avait manifesté sa réticence face aux nouvelles caractéristiques de ce service, qui « permet aux internautes de télécharger anonymement et massivement des contenus pirates sur dl.free.fr »

L’association rappelle également que Christine Albanel avait demandé au “directeur général d’Iliad de l’époque que “la maîtrise technique incontestée” de Free soit mise à profit pour faire respecter la loi, soit en limitant l’accès à son service d’hébergement de fichiers, soit en le supprimant purement et simplement“. Le gouvernement était d’ailleurs allé jusqu’à menacer Free de se voir refuser sa licence 3G à cause de son service.

Le projet Arachnid décrit ainsi le service dl.free.fr :

Ce service semble avoir la cote auprès des internautes qui veulent distribuer anonymement de gros volumes d’images. Il est recommandé dans des forums du Web clandestin pour la distribution d’images d’abus pédosexuels. On peut avancer quelques raisons pour expliquer la popularité de ce service :

  • L’utilisateur n’a pas à ouvrir de compte, ni à s’inscrire, ni à indiquer ses coordonnées ou à débourser de frais pour mettre un fichier en ligne, créer un lien de téléchargement et partager ce lien avec n’importe qui, n’importe où.
  • L’interface est minimaliste, mais la limite de taille des fichiers est très généreuse, ce qui permet de mettre en ligne et de distribuer de grandes collections d’images.
  • L’utilisateur peut protéger un fichier d’archive par mot de passe, de sorte que seules les personnes en possession du mot de passe puissent accéder au contenu. On peut souvent se procurer ces liens et ces mots de passe sur le Web clandestin.”

Ainsi, les utilisateurs peuvent stocker leurs images impunément, sans être tracés. “Les relevés d’exploration de Projet Arachnid montrent que des liens menant à dl.free.fr sont fréquemment détectés dans des forums de discussion du réseau Tor, où un nombre inconnu d’utilisateurs anonymes peuvent se procurer les liens directs pour télécharger les fichiers correspondants ainsi que les mots de passe pour les ouvrir et accéder à leur contenu. Au lieu de regarder les images sur une page Web pendant qu’elles y sont, les utilisateurs doivent les télécharger, créant du même coup de nouvelles copies des fichiers sur leur ordinateur. Ainsi, même si les images hébergées à la source finissent par être supprimées, des copies peuvent survivre sur des ordinateurs privés et pourraient très bien réapparaître sur Internet à une date ultérieure” explique l’association.

Un service délaissé par l’opérateur et des réponses pas toujours rapides de la part de Free

Cette page s’avère donc très pratique pour partager ce type de contenus, d’autant plus qu’elle semble complètement oubliée par l’opérateur. “Il est intéressant de noter que la page d’accueil du service d’envoi de fichiers de Free n’a pas changé d’apparence depuis 2008. Elle utilise d’ailleurs encore l’obsolète protocole de transfert hypertexte non sécurisé (HTTP), tandis que le site principal de Free, lui, utilise le protocole de transfert hypertexte sécurisé (HTTPS).De plus, en date du 18 mai 2021, le lien « Signaler un contenu illicite » présenté en page d’accueil déclenche une erreur 404, signalant que la page en question n’existe pas. Tout cela donne à penser que Free ne s’occupe guère de ce service depuis quelques années” détaille le CCPE.

Projet Arachnid a continué d’envoyer des demandes de suppression à Free pour chaque nouvelle détection d’images d’abus pédosexuels et d’images préjudiciables ou violentes sur leurs serveurs. Selon les données de Projet Arachnid en date du 18 mai 2021, près de 3 000 fichiers d’archive ayant fait l’objet de demandes de suppression durant les trois années de la période étudiée étaient toujours publiquement accessibles” affirme l’association, qui a commencé à signaler les premiers fichiers illégaux en 2018. L’opérateur n’a pour l’instant pas réagi publiquement à ce rapport.

Une demande d’action de la part des opérateurs mais pas seulement

Le CCPE tire la sonnette d’alarme, estimant que son analyse est une preuve que “l’on ne peut tout simplement pas compter sur les FAI pour investir volontairement des ressources adéquates dans la modération de contenu et faire primer la sécurité des enfants et leur droit à la vie privée.

L’association dresse ainsi une liste de recommandations aux gouvernements à travers le monde afin “d’aider les décideurs politiques à élaborer des cadres réglementaires efficaces pour lutter contre les images d’abus pédosexuels et les images préjudiciables ou violentes sur Internet“. Parmi lesquelles, le fait “d’imposer certaines obligations légales aux fournisseurs de services électroniques en amont et à leurs clients en aval” ou encore “obliger les plateformes qui hébergent des contenus générés par les utilisateurs à utiliser des outils automatisés de détection proactive des images.

Via Forbes