Facebook et Instagram accusés de rendre leurs utilisateurs accros : l’UE passe à l’offensive et menace d’une amende record
La Commission européenne estime que Meta ne respecte pas pleinement ses obligations en matière de protection des utilisateurs, en particulier des mineurs. Bruxelles reproche notamment à Facebook et Instagram d’encourager une utilisation compulsive grâce à des fonctionnalités comme le défilement infini ou la lecture automatique des vidéos. Le groupe de Mark Zuckerberg risque désormais une lourde sanction s’il ne convainc pas les autorités européennes.
La pression continue de monter sur Meta en Europe. Après plusieurs condamnations aux États-Unis, le géant des réseaux sociaux est désormais dans le viseur de la Commission européenne, qui a dévoilé les conclusions préliminaires de son enquête ouverte en 2024 dans le cadre du Digital Services Act (DSA). Selon Bruxelles, Facebook et Instagram ne feraient pas suffisamment pour protéger leurs utilisateurs, et notamment les plus jeunes, contre les risques liés à une utilisation excessive de leurs plateformes.
Le défilement infini et les vidéos automatiques dans le viseur
La Commission cible plusieurs fonctionnalités devenues incontournables sur les réseaux sociaux. Parmi elles figurent le défilement infini des publications (infinite scroll), la lecture automatique des vidéos et les systèmes de recommandations ultra-personnalisés.
Pour Bruxelles, ces mécanismes favorisent une consommation quasi continue des contenus et peuvent encourager des comportements addictifs. La Commission estime ainsi que les internautes peuvent rester pendant des heures à faire défiler les publications « en mode pilote automatique », ce qui favoriserait des habitudes de consultation compulsives, particulièrement chez les adolescents.
Les enquêteurs reprochent également à Meta de ne pas avoir suffisamment pris en compte certains indicateurs, notamment le temps passé par les mineurs sur Instagram et Facebook durant la nuit.
Meta a pourtant multiplié les annonces ces dernières années pour mieux protéger les adolescents. Le groupe a notamment lancé des comptes dédiés aux mineurs, renforcé les paramètres de confidentialité par défaut et ajouté des outils permettant aux parents de limiter le temps d’écran ou de bloquer l’accès aux applications pendant certaines plages horaires. Mais pour la Commission européenne, ces dispositifs restent insuffisants.
Elle estime notamment que les contrôles parentaux sont parfois trop complexes à utiliser et nécessitent une bonne maîtrise des outils numériques. Les rappels invitant les jeunes à faire une pause ou les ressources consacrées à la santé mentale seraient également peu efficaces, tandis que les limites de temps d’écran peuvent être facilement contournées.
Bruxelles demande des changements plus radicaux
Pour répondre à ces critiques, la Commission suggère plusieurs pistes. Elle évoque notamment la possibilité de désactiver par défaut le défilement infini et la lecture automatique des vidéos, mais aussi de mettre en place des pauses obligatoires plus difficiles à ignorer.
Ces mesures auraient toutefois un impact direct sur le modèle économique de Meta. En limitant le temps passé sur Facebook et Instagram, elles réduiraient mécaniquement les occasions d’afficher des publicités ciblées, principale source de revenus du groupe.
Sans surprise, Meta rejette les conclusions préliminaires de la Commission. L’entreprise affirme partager l’objectif de protection des jeunes internautes et rappelle les nombreuses fonctionnalités déjà déployées ces dernières années. Le groupe souligne notamment que les comptes adolescents permettent aux parents de bloquer Instagram pendant la nuit et de limiter le temps d’utilisation quotidien. Pour Meta, les conclusions de Bruxelles ne prennent pas suffisamment en compte les efforts déjà réalisés.
Jusqu’à 12 milliards de dollars d’amende
À ce stade, aucune sanction n’a encore été prononcée. Meta va désormais pouvoir consulter le dossier et proposer des mesures correctives pour convaincre la Commission.
En revanche, si Bruxelles estime que ces engagements sont insuffisants, le groupe s’expose à une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires mondial, soit jusqu’à 12 milliards de dollars selon les estimations. L’entreprise conserverait ensuite la possibilité de contester la décision devant les juridictions européennes.
Cette procédure s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement de la réglementation européenne à l’égard des réseaux sociaux. TikTok fait lui aussi l’objet d’une enquête similaire, tandis que l’Union européenne réfléchit à de nouvelles mesures destinées à mieux protéger les mineurs en ligne, notamment sur la question de l’accès aux réseaux sociaux.
Source : Le Figaro