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Rachat de SFR : un dirigeant indépendant et d’autres arguments présentés par Orange, Free et Bouygues pour rassurer l’Autorité de la concurrence

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Le projet de rachat de SFR par le trio Bouygues Telecom, Free et Orange entre dans une phase déterminante. Après l’annonce du protocole d’accord, les futurs acquéreurs commencent déjà à préparer l’étape qui pourrait s’avérer la plus difficile : convaincre les autorités de concurrence françaises et européennes d’accepter le passage de quatre à trois opérateurs sur le marché français.

Avec une opération estimée à plus de 20,3 milliards d’euros, des milliers d’emplois concernés et une recomposition majeure du secteur télécoms, le dossier s’annonce particulièrement sensible. Premier obstacle : obtenir le feu vert du régulateur français et de Bruxelles. Le président de Autorité de la concurrence, Benoît Cœuré, a déjà donné le ton dans un entretien : le rachat« ne va pas de soi parce qu’il s’agit d’un rapprochement sur un marché déjà très concentré. Mais si nous avions déjà conclu que le passage de quatre à trois opérateurs sur le marché français était nécessairement anticoncurrentiel, nous l’aurions dit. »

Le risque identifié est classique dans ce type d’opération : moins de concurrence pourrait signifier moins d’investissements, moins d’emplois et, à terme, davantage de pression sur les prix pour les consommateurs. Pour tenter de rassurer les autorités, les acquéreurs mettent en avant un argumentaire industriel. Selon les documents présentés aux représentants du personnel, l’objectif serait de « renforcer les capacités d’investissement dans la résilience des réseaux très haut débit, la cybersécurité et l’innovation (IA) ».

Les opérateurs avancent également un enjeu de souveraineté industrielle avec la volonté de « consolider la maîtrise d’infrastructures stratégiques pour la France (..) et renforcer, sur le territoire national, la maîtrise industrielle, technique et opérationnelle de ces infrastructures essentielles ».

Enfin, ils défendent un modèle censé « préserver un cadre conciliant pression concurrentielle, qualité de service, capacité d’innovation et financement durable (…) au bénéfice des utilisateurs finaux. » Mais au-delà du discours industriel, le dossier devra aussi éviter plusieurs écueils réglementaires.

L’un des sujets les plus surveillés concerne le « gun jumping », c’est-à-dire une prise de contrôle anticipée avant validation officielle. Ce point est particulièrement sensible dans le secteur : Patrick Drahi et son groupe ont déjà été sanctionnés dans le passé pour des opérations de ce type. Autre inquiétude : empêcher toute coordination entre concurrents pendant la période de transition, notamment sur les prix, les offres ou les stratégies commerciales.

Pour répondre à ces préoccupations, chacun des repreneurs a mis en place des « clean teams », des équipes restreintes chargées d’accéder aux données sensibles tout en limitant leur circulation interne. Selon les documents consultés, ces salariés « exercent des fonctions garantissant leur absence d’implication directe dans les activités opérationnelles et commerciales courantes » et ils « s’engagent individuellement, notamment, à ne pas partager les informations concernées en dehors du cercle ».

Chez Orange, cette organisation est présentée comme une pratique déjà éprouvée lors d’autres opérations de rapprochement. L’opérateur explique : « Nous l’avons fait en Espagne et en Belgique notamment, nous avons donc de l’expérience en la matière ».

Un président indépendant

Un autre dispositif est prévu pour l’après-validation, si l’opération obtient le feu vert. D’après les éléments présentés aux représentants du personnel, la future structure SFR serait dirigée temporairement par un président indépendant des trois acquéreurs.

Lors d’un échange avec le CSE de SFR le 24 juin, le directeur général de Free, Nicolas Thomas, a indiqué que la société « ne pourra pas être dirigée par un membre d’Orange, Bouygues Telecom ou Free. Le dirigeant devra être indépendant et sera assisté de trois gestionnaires indépendants ». Ce futur dirigeant devra disposer « d’une expertise reconnue dans le secteur des télécommunications et dans la gestion de situations de transition ou de carve-out ».

Son rôle serait de piloter la période transitoire sans intervention opérationnelle directe des acquéreurs, avec pour mission « d’assurer la gestion courante des activités, de veiller au respect du cadre de gouvernance et des principes de ségrégation des informations et d’organiser le processus de démantèlement et d’extinction des actifs à terme ».

Même avec ces garanties, les régulateurs pourraient exiger des concessions supplémentaires. En Europe, des précédents existent déjà : lors du rachat de MasMovil par Orange Espagne, des fréquences avaient été cédées pour renforcer Digi. Au Royaume-Uni, le rapprochement entre Vodafone et Three UK s’était accompagné d’engagements sur les investissements 5G et le maintien de certains tarifs. En France, le dossier ne fait que commencer. Entre analyses concurrentielles, échanges avec les autorités et éventuelles mesures correctrices, une décision n’est désormais attendue qu’au deuxième trimestre 2027.

Source : L’Informé

Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox

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