Fusion TF1-M6 : Martin Bouygues rentre dans l’arène face à Xavier Niel

Fusion TF1-M6 : Martin Bouygues rentre dans l’arène face à Xavier Niel

Après plusieurs déclarations à charge contre son projet de mariage avec M6 de la part de Xavier Niel, Martin Bouygues entre en scène.

Le Sénat a été le théâtre d’une passe d’armes entre deux dirigeants d’opérateurs la semaine dernière. Alors que Xavier Niel était entendu le premier par la commission sénatoriale autour de la concentration des médias, Martin Bouygues, patron du groupe éponyme possédant entre autres Bouygues Telecom et TF1 s’est exprimé immédiatement après.  Comme son concurrent, le PDG a été interrogé concernant le projet de fusion de la Une et de M6, au centre d’un débat vif dans le secteur.

Le patron de Free n’y était pas allé du dos de la cuillère, en jugeant que l’idée créerait un “monstre”, que les producteurs et les diffuseurs pourraient se retrouver très impactés et fustigeant ce qu’il considère comme un monopole privé et un gros problème à la fois pour les industriels et les citoyens. Défendant son mariage avec M6, Martin Bouygues a répondu à chacune des craintes de Xavier Niel, tantôt rassurant, tantôt sarcastique.

Une puissance pour faire face aux géants

Si Xavier Niel considérait l’argument de créer un groupe pouvant faire face aux géants comme Netflix comme “une vaste blague”, estimant que la concurrence pour le géant de la SVOD se trouvait plus du côté de Canal+ en France, TF1 n’en démord pas. Martin Bouygues se voit en effet comme le capitaine d’un bateau “nain” contre les géants américains mettant “à mal le modèle économique de la télévision”. Il s’appuie pour cela sur les recette publicitaires du groupe, “ne cessant de décroître” atteignant 1,1 milliards d’euros aujourd’hui contre 1,5 milliards en 2011.

“Ce n’est pas un projet de puissance politique, économique ou médiatique. Mais c’est un projet de souveraineté » assène-t-il, répondant sans les citer aux craintes de Xavier Niel de voir deux groupes “ultra dominants” s’unir.  Le projet reste de défendre son groupe et si “des acteurs français pourraient finir écrasés” d’après David Assouline, rapporteur de la Commission, Martin Bouygues rétorque “je ne suis pas là pour sauver le reste de la planète“.

Quelles menaces ?

Après avoir donné dans les grandes lignes son opinion sur son projet, le patron de Bouygues Telecom s’est ensuite attelé à répondre à son concurrent dont l’audition l’a “choqué”. “Il a beaucoup employé le terme de monopole, alors que le service public est plus gros. Il ramène tout à des histoires d’argent, à son argent” déclare-t-il.

Xavier Niel a notamment expliqué qu’en tant qu’opérateur télécom, la domination du fruit de ce mariage sur le marché de la publicité  “représente un risque financier colossal” pour la maison-mère de Free. Son concurrent, sans nier que TF1 et M6 pourraient en effet détenir 75% de parts de marché de la publicité TV affirme cependant qu’il est peu probable que les tarifs augmentent significativement : « Le rapport de force coût-efficacité voulu par les annonceurs ne nous octroie pas une liberté si grande pour augmenter les tarifs. ». Il a profité de l’occasion pour ironiser sur le danger pour Iliad, affirmant que le groupe avait dépensé “seulement 4 millions d’euros” d’annonces en 2021 sur TF1, en concluant “Je pense qu’il n’est pas tout à fait en péril“.

D’autres craintes ont été évoquées par Xavier Niel, notamment d’un point de vue de la liberté de production en France et de la qualité des produits en émergeant. Si le patron de Free estime que le projet fera souffrir “4000 producteurs en France”, Martin Bouygues pour sa part estime nécessaire de gagner “plus d’argent pour créer de meilleurs contenus” pour la télévision. Et lorsque les sénateurs ont évoqué la possibilité d’une menace pour les négociations, partagées par les acteurs de la production, TF1 répond “Si vous pensez que l’intégration des diffuseurs et des créateurs de contenus sont une intégration verticale qui a du sens, vous vous trompez totalement. Par ailleurs, ils devront toujours se tourner vers l’international, car c’est là où reste la plupart du marché”.

Source : Le Figaro