Les data centers pourraient mobiliser l’équivalent de huit réacteurs nucléaires en Île-de-France, un défi colossal pour le réseau électrique

Les data centers pourraient mobiliser l’équivalent de huit réacteurs nucléaires en Île-de-France, un défi colossal pour le réseau électrique

Portés par l’essor de l’intelligence artificielle, les data centers changent d’échelle en Île-de-France. Leur puissance électrique installée pourrait atteindre 6,5 à 8 GW en 2040, selon une nouvelle étude de L’Institut Paris Region. De quoi poser un défi majeur au réseau électrique.

D’une dizaine de sites à plus de 150 en vingt ans : l’Île-de-France est devenue un territoire incontournable pour les centres de données. Au 1er janvier 2026, la région en comptait 151 et concentrait près de 64 % de la puissance installée en France. Mais une nouvelle vague de projets, alimentée notamment par l’intelligence artificielle, pourrait faire basculer ces infrastructures dans une autre dimension.

Dans une note publiée en novembre, L’Institut Paris Region estime que la puissance installée des data centers franciliens pourrait passer d’environ 1 GW en 2025 à 6,5 à 8 GW en 2040, selon la réalisation des projets. L’institut compare cette capacité à celle de sept à huit réacteurs nucléaires. Il s’agit bien d’une puissance électrique, et non d’une consommation permanente équivalente : les sites franciliens utilisent aujourd’hui, en moyenne, entre 20 et 40 % de la puissance de leur raccordement. Estimée à 1,7 TWh en 2022, soit 3 % de l’électricité consommée dans la région, la consommation électrique pourrait atteindre 4,5 TWh en 2030 puis environ 8,2 TWh en 2035.

Selon l’étude, une seule baie dédiée à ces usages pourrait atteindre le mégawatt en 2030, soit la puissance d’un data center entier du début des années 2000. Les baies informatiques consacrées à l’entraînement et à l’exploitation des modèles IA  dépassent déjà les 100 kW.

Le raccordement électrique devient un obstacle majeur

L’Île-de-France dispose de solides arguments pour attirer ces installations : proximité des entreprises, connexions aux grandes infrastructures Internet et alimentation électrique fiable. Mais acheminer des puissances aussi importantes exige de renforcer les réseaux. RTE et Enedis engagent des investissements pour augmenter les capacités de raccordement et adapter leurs infrastructures. À court terme, des tensions restent toutefois possibles. La difficulté tient aussi aux capacités réservées par les opérateurs, parfois bien supérieures à leurs besoins réels, mais susceptibles d’être progressivement utilisées à mesure que leurs sites se remplissent.

Une chaleur encore difficile à récupérer

L’étude souligne également les limites de la récupération de chaleur, souvent présentée comme un atout des data centers. Au début de l’année 2026, seuls cinq sites franciliens étaient raccordés à des réseaux de chaleur urbains, tandis que six projets supplémentaires étaient annoncés. Plusieurs obstacles sont à noter comme l’éloignement des réseaux, les différences de durée de vie des équipements et une chaleur généralement disponible autour de 30 °C. Pour alimenter un réseau classique, il faut alors relever sa température avec une pompe à chaleur, ce qui pèse sur l’équilibre économique. Pour L’Institut Paris Region, l’énergie sera ainsi le principal facteur conditionnant l’implantation des futurs data centers. Derrière les annonces d’investissements dans l’IA, la disponibilité des raccordements et la capacité à limiter les impacts locaux deviennent des enjeux décisifs.

Source : Institut Paris Région

Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox