Rachat de SFR : Orange utilise l’exemple de l’Espagne pour dire que la hausse des prix n’est pas inéluctable
Alors que le projet de rachat de SFR par Bouygues Telecom, Free et Orange suscite des inquiétudes sur une possible augmentation des tarifs, la directrice générale d’Orange défend les effets d’une consolidation du marché. Pour convaincre, Christel Heydemann prend l’exemple de l’Espagne.
Le passage de quatre à trois opérateurs mobiles en France entraînera-t-il forcément une hausse des prix ? C’est l’une des principales craintes entourant le projet de rachat de SFR par un consortium réunissant Bouygues Telecom, Iliad (Free) et Orange, dans le cadre d’une opération estimée à 21 milliards d’euros et qui doit encore obtenir le feu vert de l’Autorité de la concurrence.
Interrogée par Le Monde, Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, reconnaît que ces inquiétudes sont légitimes, mais estime qu’une consolidation du secteur ne signifie pas nécessairement que les abonnés paieront davantage. Elle s’appuie notamment sur l’expérience espagnole, où Orange a fusionné avec son concurrent MasMovil en 2024.
« En Espagne, on nous opposait exactement ces arguments : les autorités européennes de la concurrence craignaient une hausse des tarifs et les modélisations d’experts prédisaient une augmentation de 10 %. L’opération a été menée en 2024, et deux ans et demi à trois ans plus tard, les prix ont en réalité baissé de 10 % », explique-t-elle. Un exemple qu’elle utilise pour relativiser les craintes autour du projet français. La dirigeante rappelle toutefois que le dossier devra être examiné par l’Autorité de la concurrence : « C’est une inquiétude tout à fait légitime et l’Autorité de la concurrence examinera le dossier avec toute la rigueur requise. »
La dirigeante insiste également sur le fait que le marché français dispose encore de suffisamment de leviers concurrentiels, même avec trois grands opérateurs. Elle rappelle que les opérateurs virtuels (MVNO), qui utilisent les réseaux des grands acteurs pour commercialiser leurs offres, continueront de participer à cette dynamique. « Trois acteurs matures, auxquels s’ajoutent les MVNO […] suffisent à dynamiser le marché », estime-t-elle. Elle souligne aussi que la concurrence ne se limite pas au nombre d’opérateurs : « La concurrence se joue aussi sur la qualité de service. »
Orange promet de préserver les offres à petits prix
Christel Heydemann assure enfin que la réduction du nombre d’acteurs ne remettra pas en cause la diversité des offres commerciales, notamment pour les consommateurs les plus sensibles au prix. « Nous maintenons des offres d’entrée de gamme à moins de 10 euros par mois pour le mobile, mais certains clients souhaitent payer davantage pour bénéficier de services additionnels ou voyager plus facilement », explique-t-elle.
La dirigeante ajoute : « Tout notre enjeu est de préserver cette variété d’offres pour servir l’ensemble des usagers, en veillant tout particulièrement aux personnes sous contrainte budgétaire qui ont du mal à boucler leurs fins de mois et ne peuvent pas se passer de téléphone. » Elle conclut sur la volonté de maintenir cette stratégie commerciale : « Nous disposons de plusieurs marques et nous maintiendrons cette politique. » Reste que l’exemple espagnol constitue avant tout un argument avancé par Orange. Le précédent ne garantit pas que les conséquences seront identiques en France, où l’Autorité de la concurrence devra notamment examiner les effets du passage de quatre à trois opérateurs sur les tarifs et le fonctionnement du marché.