Trop de téléphones jetés : les sénateurs proposent d’augmenter leur durée de vie et de développer la collecte

Trop de téléphones jetés : les sénateurs proposent d’augmenter leur durée de vie et de développer la collecte

Plus de 20 millions de téléphones portables sont vendus chaque année en France ! Il y en a 2 ou 3 par foyer, et sans doute 100 millions qui dorment dans les tiroirs. Mais peu d’utilisateurs s’interrogent sur ce que contiennent ces appareils, et encore moins sur ce qu’ils deviennent en fin de vie.

 

Une mission sénatoriale d’information a travaillé cet été pour mieux cerner l’inventaire et le devenir des matériaux et composants des téléphones portables. Cette mission a révélé un sujet en friche, avec des constructeurs et opérateurs peu bavards, des collectes des appareils usagés peu efficaces, des valorisations rares, et des secteurs d’emploi inexploités. “Même Interpol se penche avec inquiétude sur les filières illicites de ces déchets plus précieux qu’il n’y parait” souligne Marie-Christine Blandin, sénatrice à l’initiative de cette mission.

La fabrication des téléphones est source de problèmes économiques, environnementaux et éthiques majeurs

S’agissant de la composition des téléphones portables, la mission souligne que la fabrication de ces équipements ignore largement les enjeux environnementaux.

Le manque de connaissances sur la composition exacte des téléphones portables est apparu flagrant au cours des auditions, alors même que leur richesse fait de ces équipements une véritable « mine urbaine ». Par exemple, une tonne de cartes électroniques peut contenir 200 grammes d’or, tandis que la concentration d’une mine à bon rendement est évaluée à 5 grammes par tonne.

La fabrication des téléphones nécessite des matières premières convoitées, dont l’extraction a des impacts environnementaux et sociaux non négligeables. Certains métaux, comme le tantale, sont extraits dans des territoires confrontés à des conflits armés. Quant à eux, certains sous-traitants ne respectent pas les normes élémentaires du droit du travail.

Enfin, la conception des téléphones est délibérément défavorable au réemploi et au recyclage : la course à l’innovation et au développement de nouvelles fonctionnalités éclipse l’enjeu de l’écoconception. Et les éco-contributions n’ont aucun effet sur les constructeurs. 

Le marché, dopé par des évolutions technologiques très fréquentes, se nourrit de l’obsolescence programmée (matérielle, logicielle et marketing), et le taux de collecte des téléphones portables usagés est ridicule : 15 %. Cela nuit au réemploi, qui constitue une priorité.

La majorité du gisement de téléphones usagés échappe à la filière réglementaire et part dans des filières parallèles. Les offres de mobiles d’occasion se multiplient, souvent issues de circuits opaques, sans garantie ni traçabilité. Les opérateurs y contribuent également en cédant des lots complets mélangeant déchets et équipements réparables. Ces pratiques favorisent le contournement des règles relatives à l’exportation de déchets.

Si la collecte se developpait, la France pourrait s’appuyer sur ses savoirs industriels pour développer une filière d’excellence, ébauche d’une économie circulaire pour ces produits.

Sur la base de ces différents constats, la mission a formulé 27 propositions concrètes, consensuelles et ambitieuses, dans cinq directions complémentaires :

• la responsabilisation des fabricants de téléphones portables ;

• la lutte contre l’obsolescence programmée et pour l’augmentation de la durée de vie des téléphones portables ;

• l’augmentation de la collecte de téléphones portables usagés, notamment par le biais d’une meilleure information donnée au consommateur sur le geste de tri ;

• le soutien aux acteurs du réemploi, notamment issu de l’économie sociale et solidaire, et la clarification des circuits des filières parallèles à la filière réglementaire ;

• la définition et la mise en œuvre d’une stratégie nationale de recyclage des métaux soutenant les projets de recherche et d’unités de traitement.