Les opérateurs se tirent-ils une balle dans le pied en augmentant leurs prix avant même le feu vert au rachat de SFR ?

Les opérateurs se tirent-ils une balle dans le pied en augmentant leurs prix avant même le feu vert au rachat de SFR ?

Alors que Bouygues Telecom, Free et Orange espèrent obtenir l’autorisation de racheter SFR, les hausses tarifaires se multiplient chez plusieurs opérateurs. Une stratégie risquée qui pourrait renforcer les craintes de l’Autorité de la concurrence et compliquer la validation de cette opération historique.

Et si cela jouait en leur défaveur ? A l’heure où le rachat de SFR par ses trois concurrents doit encore être examiné par l’Autorité de la concurrence, les augmentations de prix s’accélèrent sur le marché français. Ces dernières semaines, SFR a lancé une nouvelle vague de hausses, pouvant atteindre 4,99 €/mois sur certaines box et 3,99 € sur des forfaits mobiles. Chez Orange, certains abonnés ont vu leur forfait automatiquement enrichi, moyennant 2 à 3 € supplémentaires par mois, avec une possibilité de refus. Chez Bouygues Telecom, les hausses se sont multipliées depuis le début de l’année : augmentation des tarifs Bbox et B&You Pure Fibre, indexation annuelle des abonnements, généralisation des frais de résiliation mobile de 5 € et ajout automatique d’options payantes sur certains forfaits. À contre-courant, Free maintient les tarifs de ses deux forfaits mobiles historiques à 2 € et 19,99 €, gelés jusqu’en 2027. L’opérateur vient d’ailleurs de le rappeler à ses abonnés par mail, en faisant de cette stabilité un argument commercial.

Des hausses qui pourraient compliquer le rachat de SFR ?

Ces augmentations pourraient donc intervenir au pire moment pour les prétendants au rachat de SFR. Il faut dire que le retour à trois grands opérateurs fait déjà craindre un affaiblissement de la concurrence et une hausse durable des prix même si ces derniers assurent tous qu’il augmenteront pas leurs prix post rachat. Interrogé par Le Monde, Stéphane Beyazian, analyste chez Oddo BHF, y voit  « un risque énorme », rappelant que « le risque d’une augmentation des tarifs constitue la principale crainte de l’Autorité de la concurrence ».

Un dirigeant du secteur, cité anonymement par le quotidien, va plus loin : « Ce n’est vraiment pas très malin, ça ne renvoie pas un signal positif ». Selon lui, les opérateurs donnent eux-mêmes des arguments à ceux qui souhaiteraient imposer de lourdes contreparties à l’opération pour protéger les consommateurs. Le président de l’Autorité de la concurrence, Benoît Cœuré, avait déjà prévenu que l’impact de cette consolidation sur le pouvoir d’achat serait scruté de près. Les opérateurs justifient leurs augmentations par la hausse de leurs coûts et des tarifs français historiquement bas, mais le signal envoyé reste délicat. Tout le paradoxe est là, comment convaincre le régulateur qu’un marché à trois opérateurs ne fera pas grimper les factures, alors que les prix augmentent déjà avec quatre ?

Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox