Près de 100 professionnels de l’audiovisuel tirent la sonnette d’alarme, après l’annonce par le CSA d’un accord avec les mastodontes du streaming pour le financement de la création française. Un accord signé, selon eux, dans la précipitation, avec à la clé des montants insuffisants.
“C’est une catastrophe pour le rayonnement de la culture audiovisuelle française dans le monde”, explique à l’AFP Antoine Vitkine, réalisateur de documentaires faisant partie des près de 100 signataires d’une tribune publiée le 17 décembre dans Le Monde avec l’interrogation “Les documentaires informent et émancipent, comment le CSA a-t-il pu les sacrifier ?”.
“Ça va avoir des conséquences sur l’emploi, mais c’est surtout moins de rayonnement à l’international”, s’inquiète de son côté Guillaume Prieur, directeur des affaires institutionnelles de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. “La colère est générale”, selon Elizabeth Drevillon, présidente de la Guilde des Auteurs et Réalisateurs de Reportages et Documentaires, estimant le documentaire “maltraité” et son importance mésestimée à l’heure de la désinformation.
“Après deux ans d’un immense effort, tant au niveau national qu’européen, devant amener les plates-formes de SVOD américaines à contribuer à la création française, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a choisi de conclure, dans la précipitation, des conventions avec celles-ci en écartant les créateurs et leurs représentants”, déplorent les signataires.
“Le CSA pouvait soit laisser le temps à la négociation interprofessionnelle entre plates-formes et syndicats de la profession pour discuter du montant des investissements, soit conventionner lui-même, c’est-à-dire fixer le montant minimum que les plates-formes doivent investir”, explique Stéphane Le Bars, délégué général de l’Union syndicale de la production audiovisuelle et d’Anim France. Il fait référence à une transposition du droit européen entrée en vigueur en juillet dernier et soumettant les plates-formes étrangères aux mêmes règles de contribution que les services établis en France.
Aux yeux des signataires de la tribune, le CSA a malheureusement choisi la seconde option, négociant ainsi le minimum. Ces plates-formes vont plus concrètement consacrer 20 à 25 % de leur chiffre d’affaires en France au financement de la production d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques. Cela correspond à 250 à 300 millions d’euros par an. Dans le cas des documentaires, Netflix devra consacrer au moins 0,6 % de ses investissements audiovisuels dans le documentaire, en 2022. Cette proportion atteindra 1,5 % pour Disney et 0,9 % pour Amazon. Pas question pour Hervé Rony, directeur général de la Société civile des auteurs multimédia, de “renoncer”. Début janvier, il compte bien réunir les syndicats de producteurs.
Assurant avoir “entendu les critiques et les inquiétudes qui se sont exprimées”, l’autorité administrative estime avoir “très bien déclinée en France” la directive SMA. Son président Roch-Olivier Maistre souligne par ailleurs qu’il s’agit “d’investissements supplémentaires et non pas de substitution” aux obligations des acteurs historiques français et que “les cartes pourront être rebattues” sachant que les conventions ont été signées pour trois ans. Quant aux plates-formes concernées, elles y voient du positif. Brigitte Ricou-Bellan, responsable d’Amazon Prime Video France, parle d’un “engagement fort à soutenir la diversité et la richesse de la production française sur le long terme”, quand un porte-parole de Netflix y voit une “approche constructive”.
Source : AFP
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